La joie et la magie de la France ont attiré le meilleur de l’Angleterre

Le rêve du Grand Chelem est terminé pour la France, la douleur de Twickenham continue. Pourtant, s’il y avait eu foule dans le stade, ils se seraient sûrement levés pour applaudir autant les perdants que les vainqueurs, saluer une équipe de France qui a pleinement contribué au meilleur match du championnat, plein d’entrain et de magie.

Cette renaissance française est réelle et pour cela nous pouvons tous être reconnaissants, y compris l’Angleterre, pour la menace et la substance dans le jeu de leurs adversaires qui ont tiré le meilleur d’eux. Le facteur de peur français est de retour dans les affaires, même si l’Angleterre les a vaincus à la mort, un hommage à leur propre combat et leur désir profondément enracinés. Chapeau aux deux équipes. C’était le Crunch.

Le rugby terne et plombé de l’automne n’est qu’un lointain souvenir, la monotonie du kick-kick-kick de cette période à la poubelle. En ces temps étranges et turbulents, le rugby a joué son rôle en bouleversant notre notion préconçue de normalité. L’Angleterre était devenue la plus inconstante, intempérante, mal disciplinée, floconneuse et improductive. Pas plus. Eux aussi se sont retrouvés. La France a été un modèle de cohérence: sur la chanson et sur le message.

Ce n’était que leur troisième défaite en 15 mois, dont deux contre l’Angleterre. Mais leur potentiel est authentique, moitié moins expérimenté en casquettes que l’Angleterre. Cette perte sera pour eux une boule sous l’oreiller, un rappel de ce qu’il faut pour franchir la ligne. Ils ont assez bien joué pour gagner. Mais ils ne l’ont pas fait.

Tant de mal a été nettoyé de leur jeu. Ils ont été transformés sous une nouvelle direction, plus fébrile et indigne de confiance. Ils avaient l’habitude de passer de la magie hypnotique à la muppetry stupide dans le même match. Pour un pays aux ressources aussi riches et profondes, il est lamentable qu’ils n’aient pas remporté de titre des Six Nations depuis 2010. Le championnat est toujours à leur portée.

Le public français était devenu mécontent. Cette histoire d’amour a été ravivée. Il y a de nouveau de la romance dans l’air. Le pur élan de leur jeu contre l’Angleterre aura certainement réchauffé de nombreuses coques. Il y a de l’ordre et de la clarté dans tout ce que la France fait, même lorsqu’elle joue spontanément comme elle l’a fait beaucoup plus dans ce match. Leur première obligation les uns envers les autres est d’être responsables, d’être fidèles à l’esprit de corps.

La France a su aller à contre-courant et jouer à la frappe. En fait, les grandes équipes françaises, des Grands Chelemers de Jean-Pierre Rives et Raphael Ibanez à la fin des années 70 et 90. ont toujours été un mélange convaincant de La Belle et la Bête. Leur double caractère était visible ici. Marteau devant, art derrière. C’était la France rat-a-tat-tat, tout rythme et but, fuyant des touches profondes et rapides, de la compétence ainsi que du diable dans tout ce qu’ils ont fait, le tout encapsulé dans Antoine Dupont.

Le joueur de 24 ans fait battre le cœur de cette équipe française, donnant le tempo, insufflant du rythme, cherchant l’opportunité, un demi de mêlée dans les grandes traditions des Bleus. La France est unique dans le rugby mondial en considérant le n ° 9 comme l’orchestrateur plutôt que le demi-mouche comme cela a tendance à être le cas ailleurs. Du Petit Caporal, Jacques Fouroux au Pierre Berbizier et Dimitri Yachvili, la France a produit des leaders ainsi que des joueurs de renom à ce poste.

Comme Fouroux, une vraie branlette espagnole, Dupont n’est pas non plus le plus gros mais un ruban à mesurer ne peut rien vous dire sur la taille du cœur d’une personne. Dupont est une boule d’énergie, féroce et tranchante dans tout ce qu’il fait avec un centre de gravité bas, un gaulois Gareth Edwards dans sa puissance, des capacités athlétiques, le garçon d’affiche du rugby français.

Dupont était un danger mais il était aussi la cible de l’Angleterre. Contrôlez Dupont, contrôlez le jeu. Le plan le mieux conçu de l’Angleterre a à peine survécu à la minute, Dupont s’accrochant au coup de pied devant Teddy Thomas pour atterrir à la 66e seconde.

Le demi de mêlée toulousain possède un radar ponctuel qui aurait pu être perfectionné dans les vastes ateliers aérospatiaux de sa ville d’adoption. Au bon endroit, au bon moment, à chaque fois. Un cauchemar pour l’opposition même si ses prouesses ont déclenché la meilleure performance de Ben Youngs depuis longtemps. Il y a des défauts occasionnels, Tom Curry le chargeant à un moment donné alors qu’il tentait de dégager ses lignes, mais il se rachète instantanément.

Malgré toutes ses prouesses, la France est loin d’être un poney à un tour. Voici le talonneur chargeant, Julien Marchand, il y a le demi-mouche planeur, Matthieu Jalibert. Une prise d’alignement over-the-top de Gael Fickou, un touché pour Damian Penaud sur le large flanc. Épicé, rapide, lisse et somptueux. C’est une équipe de nombreuses personnalités et de nombreux talents.

En fin de compte, ils ne l’ont pas tout à fait réussi. Mais la marge était aussi fine qu’une décision du TMO sur un brin d’herbe sous le corps de Maro Itoje. La décision est allée contre la France. Ils reviendront. Il reste encore un titre à se battre, avec le Grand Chelem chassant le Pays de Galles à Paris suivi de l’Écosse. Seul un imbécile ou un brave parierait contre cette équipe de France.

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