Le point de vue du Guardian sur la gauche française: dangereusement divisée et dysfonctionnelle | France

Il y a moins de 10 ans, la France a élu pour la dernière fois un président du parti socialiste, mais cela semble maintenant être un autre âge. Le règne impopulaire de François Hollande, qui s’est retiré après un mandat, a été le précurseur d’une implosion électorale pour le parti de Jean Jaurès et de François Mitterrand. En 2017, alors qu’Emmanuel Macron a réussi à redessiner la carte politique du centre, le candidat socialiste à la présidentielle a reçu un humiliant 6% du vote au premier tour. Lors des élections générales qui ont suivi, la présence du parti à l’Assemblée nationale a été réduite à une misérable croupe de 30 députés.

«Les choses ne peuvent que s’améliorer», pour reprendre une expression de temps plus heureux de la gauche européenne. Mais pour les progressistes français, le danger est qu’ils s’aggravent encore. À un an de la prochaine élection présidentielle, chaque sondage d’opinion pointe vers un autre duel au second tour entre le président Macron et Marine Le Pen. En conséquence, le week-end dernier, les forces brisées de la gauche se sont réunies pour tenter de s’entendre sur un front uni. Mais après des pourparlers peu concluants, il semble probable que le vote progressiste soit partagé entre au moins deux candidats à la présidentielle: Jean-Luc Mélenchon du parti de gauche radicale La France Insoumise, et quel que soit le parti socialiste et les Verts français. Une défaite au premier tour pour toutes les parties concernées serait pratiquement garantie.

La gauche française chroniquement divisée offre un récit édifiant pour les mouvements progressistes ailleurs, mettant en valeur certaines des tensions qui sont devenues endémiques. Le parti de M. Mélenchon est eurosceptique et a ses bastions dans les régions post-industrielles, attirant les ouvriers et les jeunes. Les socialistes et les verts pro-européens ont une base plus bourgeoise, dominant la politique de Paris et d’autres villes. Le seul tir réaliste à l’Élysée serait à travers une alliance progressiste, soutenant un candidat. M. Mélenchon a obtenu près de 20% des voix il y a quatre ans, mais le goût des théories du complot et des diatribes intempestives semble lui avoir coûté près de la moitié de ce soutien depuis, et l’hostilité à Bruxelles le met au-delà du pâle pour le centre-gauche. De son point de vue, il n’y a guère d’incitation à ternir la marque anti-établissement de La France Insoumise en se retirant en faveur, par exemple, d’Anne Hidalgo, maire de Paris et probablement porte-étendard des socialistes.

Cette situation dysfonctionnelle a des implications potentiellement graves. Déjà, les signes sont que Mme Le Pen est sur le point de faire beaucoup mieux qu’en 2017, lorsqu’elle a perdu lourdement face à M. Macron. Lors des deux précédentes occasions où l’extrême droite a disputé le second tour des élections présidentielles, un «front républicain» uni d’électeurs a écarté la menace. Mais les mesures économiques de libéralisation de M. Macron et sa ligne dure sur les questions d’immigration et de maintien de l’ordre l’ont rendu profondément impopulaire dans certaines parties de la gauche. On craint qu’un sentiment de privation du droit de vote et d’antipathie envers le président ne conduise à un taux d’abstention élevé au deuxième tour, ouvrant la porte à une présidence Le Pen. La bonne santé du corps politique français nécessite une gauche qui puisse peser de son poids dans la bataille pour l’Élysée. Malheureusement, pour le moment, il semble y avoir peu de chance d’en émerger un.

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