Les cinéastes français sonnent l’alarme sur l’avenir de la chronologie médiatique française

11/03/2021 – Une centaine de cinéastes français de renom mettent en garde contre une nouvelle chronologie médiatique trop favorable aux plateformes de streaming

Les réalisateurs Jacques Audiard, Arnaud Desplechin et Claire Denis, qui font partie des signataires de la lettre ouverte

Jacques Audiard, Arnaud Desplechin, Claire Denis, Olivier Assayas, Michel Hazanavicius, Laurent Cantet, Stéphane Brizé, Olivier Nakache et Éric Toledano, Robert Guédiguian, Emmanuel Mouret, Michel Ocelot, Agnès Jaoui, Pierre Salvadori, Cédric Klapisch, Catherine Corsini, Philippe Faucon , Rachid Bouchareb, Emmanuel Finkiel, Claire Simon, Philippe Lioret, Philippe Le Guay, Martin Provost, Nicolas Philibert, Bruno Podalydès, etc. Dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui dans le quotidien Le Monde, un très grand nombre de certains des plus de prestigieux cinéastes français ajoutent leur voix au débat, au moment même où l’échéance du 31 mars pour la négociation interprofessionnelle sur la réforme de la chronologie des médias en France fait surface. Si aucun accord n’est trouvé, c’est le gouvernement qui décidera de cette réforme, qui concerne le calendrier et le rythme des fenêtres de projection des films sur différents types de supports, après leur sortie en salle. Ce changement fait suite à l’adoption du décret européen (lire notre entretien avec Olivier Henrard, directeur général adjoint du CNC), qui oblige les puissantes plateformes SvoD à soutenir la création française. Et en effet, le jeune cinéma français est bien représenté dans cette lettre ouverte, avec des signataires dont Rebecca Zlotowski, Justine Triet, Jérémy Clapin, Sébastien Lifshitz, Houda Benyamina, Thierry de Peretti, Stéphane Demoustier, Bertrand Mandico, Louis-Julien Petit, Katell Quillévéré, Axelle Ropert et Carine Tardieu.

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Quelques extraits sélectionnés:

«Nous sommes inquiets pour l’avenir du cinéma. Le 31 mars, le gouvernement risque de ratifier un décret qui serait particulièrement favorable aux plateformes de streaming en leur offrant une place avantageuse dans la chronologie médiatique française, en contrepartie d’investissements ridiculement modestes dans notre cinéma. On estime par exemple que Netflix, le plus gros d’entre eux avec 8 millions d’abonnés, investirait environ 18 M € en préachat de films français… À comparer avec les 104 M € payés par Canal + en 2019 et qui, grâce à des accords contraignants avec l’industrie, garantissez une centaine de films par an et une vraie variété. Si le gouvernement adoptait de force ce décret, ignorant ces accords interprofessionnels nécessaires, cela aurait pour conséquence immédiate d’affaiblir des partenaires établis de longue date, et cela en pousserait certains à s’aligner sur les modèles de ces nouveaux acteurs de l’industrie. Que se passerait-il si, suivant une logique simple et pour se protéger de cette concurrence, Canal + devenait lui-même une plateforme soumise à des obligations bien moindres en matière de cinéma? »

«Il n’y a rien de daté dans la chronologie des médias: c’est précisément ce qui, grâce à un mécanisme sophistiqué, oblige les diffuseurs de cinéma à financer la création cinématographique.

«Nous ne résistons pas parce que nous voulons préserver les privilèges qui accompagnent notre petit territoire – nous nous battons pour qu’un terrain fertile pour la création puisse survivre dans tout le pays.

«Nous sommes ouverts aux plateformes de streaming accueillantes, mais il leur appartiendra de s’adapter à la chronologie médiatique du pays, et non l’inverse.»

«Aujourd’hui, nos films n’existent que grâce à un écosystème précieux et subtil pour le financement de nos œuvres, un écosystème qui rassemble des distributeurs indépendants, des diffuseurs audiovisuels établis, des organismes nationaux et régionaux. C’est cet écosystème qui nous permet alors de faire vibrer la plus importante étendue de cinémas d’Europe.

«Les plateformes sont les bienvenues pour nous rejoindre et renforcer cet écosystème, mais nous ne signerons pas un accord qui menacerait de le détruire.»

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(Traduit du français)

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