«Nous jouions avec le feu»

Une idée romantique persiste qu’après la conquête de la France par les nazis en 1940, presque toute la nation française s’est soulevée héroïquement pour rejoindre la Résistance. Ce n’est pas le cas, comme l’affirme Colette, court métrage documentaire présélectionné aux Oscars.

«Il y avait 1% de la population qui résistait réellement», note la productrice Alice Doyard à propos de la période précédant la libération du pays par les alliés. «Un pour cent de la population collaborait activement. Et les autres… réfléchissaient simplement. En attendant de voir ce qui va se passer. »

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Une famille qui a rejoint la Résistance était les Catherines – mère et père et leurs deux enfants, Jean-Pierre de 17 ans et Colette de 14 ans. Dans le documentaire, Colette, aujourd’hui âgée de 92 ans, se souvient de son passage dans la Résistance, mais minimise son rôle.

«On ne m’a pas demandé de faire sauter un train ou un pont», dit-elle modestement. Néanmoins, son travail de surveillance du mouvement des camions en route vers le front à Cherbourg, ainsi que la transmission de cartes de rationnement aux personnes en cachette et la distribution de faux papiers d’identité auraient pu la faire tuer.

«Nous jouions au chat et à la souris», admet Colette. «Et jouer avec le feu. Ou plutôt, le feu jouait avec nous.

Le rôle de son frère – stocker des armes – impliquait plus de risques. Il a payé le prix ultime pour sa bravoure: à 17 ans, il a été arrêté par les nazis et ensuite envoyé au camp de concentration de Mittelbau-Dora près de Nordhausen, en Allemagne. Jean-Pierre Catherine et 20 000 autres détenus y moururent, moururent de faim et travaillèrent à mort.

Colette avait résolument refusé de se rendre en Allemagne dans les années d’après-guerre, mais les cinéastes l’ont convaincue de se rendre dans le camp où son frère est mort. Elle admet qu’elle ne serait pas partie sans une lycéenne de 17 ans et étudiante en histoire, Lucie Fouble, qui écrivait un récit de Jean-Pierre pour un musée de la Seconde Guerre mondiale. Colette et Lucie, la nonagénaire et l’adolescente, ont fait le voyage ensemble et sont devenues des compagnons de soutien.

L’histoire continue

«Cela a en quelque sorte protégé Colette, car c’était comme si elle n’avait pas à affronter cela seule», observe Giacchino. «Colette nous a dit tout au long qu’elle était très inquiète pour Lucie… Colette a en fait pensé: ‘D’accord, je peux faire ça mais je vais en quelque sorte m’assurer que Lucie va bien.’ ‘

La visite de Mittelbau-Dora devient le centre émotionnel du film, disponible sur le site du journal Guardian. Bras dessus bras dessous, la femme de plus en plus âgée arpente le terrain, maintenant envahi par les arbres, les voies ferrées rouillées s’arrêtant fantomatique devant un fourré de bois. Ils examinent les squelettes horribles de fusées V-2 construites par des prisonniers dans des tunnels creusés dans les montagnes voisines.

«Regarde ça… Tout le métal est effrayant», dit Colette à propos des coques de fusée rouillées. «C’est monstrueux.»

«Ces roquettes V-2 étaient les armes miracles qui allaient gagner la guerre. Et en effet, ils ne ressemblaient à rien de ce que personne n’avait jamais vu », commente Giacchino. «Ils étaient plus rapides que la vitesse du son, donc ils ont frappé avant que quiconque sache qu’ils venaient. Ils étaient terrifiants. Mais comme nous le disons dans le film, plus de personnes sont mortes en les faisant qu’elles n’ont été réellement tuées par leur déploiement. »

En dehors des tunnels, Colette se dit: «Si ces collines pouvaient parler, je pense que nous entendrions des cris.

Jean-Pierre a connu sa fin en mars 1945, note le film, trois semaines seulement avant que les forces alliées ne prennent d’assaut le camp. Colette a passé sa vie à idolâtrer son frère, qu’elle décrit comme brillant, beau et farouchement déterminé.

«Il était en acier», assure-t-elle à Lucie. «S’il décidait de traverser un mur, tant pis pour le mur.»

Qu’elle a survécu à la guerre alors que son frère n’a peut-être pas laissé Colette avec un sentiment de culpabilité à vie. Quelque chose que sa mère lui a dit une fois a dû allumer cette pensée.

«Il y a un moment très fort dans le film quand elle est dans le train pour l’Allemagne. Elle [recalls] sa mère lui a dit: «Ça aurait dû être toi», dit Doyard. «Comme si sa mère regrettait que ce ne soit pas Colette [who was arrested]. C’est très complexe en tant que mémoire, vivre avec ça.

Colette hésitait à partager ce souvenir, note le réalisateur.

«Elle avait peur que cela ternisse la mémoire de sa mère», raconte Giacchino à Deadline. « Je pense qu’elle est d’accord avec ça, que c’est dans le film. »

Doyard ajoute: «Elle aime le film. Elle dit que c’était difficile, mais elle nous a dit que c’était un projet qui ne cesse de donner. Elle sent qu’elle a pu rendre hommage à son frère. Cela lui a rappelé beaucoup de souvenirs difficiles. Mais elle a traversé le processus pour les affronter et les exprimer, et elle est très fière du film.

«Pour Colette, se pencher sur le passé l’a aidée à guérir et à faire face à ce traumatisme», dit Giacchino, notant que confronter l’histoire peut «fonctionner à plus grande échelle», comme aux États-Unis, qui, selon lui, doivent «compter. l’héritage de l’esclavage… Si nous parlons de la vérité de la question, du passé, pas en quelque sorte du mythe de celui-ci, nous pouvons tous être meilleurs pour cela.

Giacchino se déclare ravi et un peu surpris de figurer sur la liste des finalistes aux Oscars.

«J’étais juste comme, ‘Eh, je ne sais pas. Il y a 114 films. Il y a de fortes chances que si vous regardez simplement les chiffres, cela n’arrivera pas »», se souvient-il avoir pensé. «Et c’est ce que j’ai ressenti, jusqu’à deux minutes [before the shortlist announcement] quand j’ai vraiment commencé à devenir nerveux… Ça a été un si long voyage, alors je dirais que nous sommes vraiment reconnaissants.

Doyard a partagé l’heureuse nouvelle avec Colette, qui lui a répondu: «Quand il pleut sur les rois, il tombe aussi sur les chevaliers.

La productrice dit qu’elle a fait un suivi en lui demandant d’expliquer l’expression. «Colette a dit: ‘Chevaliers, rois, nous avons tous des rôles différents dans le projet. Mais le succès nous appartient à tous. »

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