Un responsable de l’ONU accuse la France d’entraver l’enquête sur la mort de journalistes au Mali | France

Le rapporteur spécial des Nations Unies pour les exécutions extrajudiciaires a accusé l’armée française d’entraver une enquête sur le meurtre de deux journalistes au Mali en 2013.

Agnès Callamard affirme que les autorités françaises se cachent derrière des allégations de menaces au secret de la sécurité nationale et enfreignent le droit international en omettant d’arrêter et d’interroger les suspects dans l’affaire.

Dans une lettre de 30 pages envoyée aux autorités françaises et vue par le Guardian et le site d’information français Mediapart, Callamard affirme que l’armée utilise les règles du secret de la défense pour empêcher les enquêteurs d’établir la vérité.

«Sept ans après les événements, justice est refusée», écrit Callamard, qui est français. «Je suis particulièrement surpris par le fait que si l’identité des suspects est connue depuis plusieurs années – et ce malgré l’imposition du secret de la défense sur certains aspects importants de l’enquête – aucun mandat d’arrêt international, notamment pour le Mali, n’a été émis. .

«D’après les informations obtenues, les autorités maliennes n’ont jamais été formellement invitées à procéder à une arrestation ou à une extradition», ajoute-t-elle.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient dans le nord du Mali en train de préparer une série de reportages pour Radio France International (RFI) avant les élections législatives lorsqu’ils ont été enlevés à l’extérieur de la ville de Kidal le 2 novembre 2013.

Les djihadistes les ont rassemblés dans une camionnette et sont partis. Le véhicule a été retrouvé abandonné peu de temps après avec les corps de Dupont, 57 ans, et de Verlon, 55 ans, à proximité. Les deux avaient été abattus.

La version officielle donnée par les autorités françaises de la région à l’époque était que le véhicule était tombé en panne et que la tentative d’enlèvement par un groupe lié à Al-Qaida avait mal tourné, poussant les terroristes à tuer leurs otages. Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a revendiqué la responsabilité des meurtres.

Une enquête judiciaire a été ouverte en France, comme cela se produit chaque fois qu’un citoyen français est assassiné à l’étranger, mais les cerveaux présumés derrière les meurtres restent libres et les circonstances exactes de la mort des journalistes ne sont pas claires.

Une enquête de RFI a révélé que les ravisseurs étaient poursuivis par un hélicoptère des forces spéciales françaises, ce dont les familles n’ont pas été informées, et que les forces françaises régulières qui se trouvaient dans la région dans le cadre de l’opération Serval, qui visait à repousser les forces islamistes menaçant de déborder la capitale, Bamako, a découvert les corps.

Callamard affirme que permettre aux suspects de continuer à marcher librement «empoisonne nos sociétés». Elle a exigé de connaître les circonstances exactes dans lesquelles les deux hommes ont été tués, qui était présente avant, pendant et après, et si les forces françaises ont manqué à leur devoir en n’avertissant pas les journalistes de l’augmentation des tensions et des risques dans la région.

Elle a décrit la réponse des autorités françaises à sa lettre, qui a rejeté ses accusations et a souligné que les meurtres étaient toujours sous enquête, comme «incomplète, condescendante et plutôt insultante… en particulier pour les victimes».

«Cette affaire est déchirante et est dans une impasse totale environ huit ans après les meurtres», a déclaré Callamard au Guardian. «L’armée française ne fait rien pour aider les [legal] traiter. Bien au contraire. Ils ont empêché la recherche de la vérité à chaque tournant, depuis le tout début, soit par leurs mensonges, soit en utilisant la loi sur le secret de la sécurité nationale.

«Les suspects, y compris les cerveaux, ont été identifiés. Le principal cerveau de l’enlèvement des journalistes a été impliqué dans d’importantes négociations à l’automne dernier, qui ont abouti à la libération de quatre otages, contre 200 prisonniers et une grosse somme d’argent.

L’année dernière, la mère de Dupont, Marie-Solange Poinsot, 90 ans, a accusé l’armée française de cacher des faits importants, de mentir et de manquer d’humanité en ne racontant pas aux familles comment les journalistes ont été tués. «Quand ils nous ont raconté ce qui s’était passé, certaines choses ne concordaient pas», dit-elle. «La vérité ne les ramènera pas, mais cela apaisera un peu nos esprits.»

Elle et la famille Verlon ont critiqué le silence des autorités françaises sur les circonstances des meurtres. La fille de Verlon, Apolline, a écrit au président Emmanuel Macron et à son épouse, Brigitte Macron, demandant que la vérité soit révélée afin que les familles, amis et collègues puissent avoir une certaine clôture.

«C’est assez incroyable qu’à ce jour, nous n’ayons toujours pas trouvé la vérité. Il est vraiment important que nous comprenions les mécanismes de la façon dont cette impunité se produit », a déclaré Callamard. «La position par défaut de l’armée française est de se taire et de ne pas coopérer. Dans ce cas, ils ont même menti sur qui était sur le terrain à l’époque. Si la France avait été ouverte dès le début de cette affaire, les choses auraient tellement mieux progressé. Tant d’énergie a été dépensée pour essayer de ne pas fournir de preuves et pour plaider en faveur de la classification de l’information comme secret de défense.

Elle a ajouté: «Du point de vue des familles, l’aspect le plus dur et le plus douloureux est que l’homme qui était le cerveau de la [kidnap] l’opération est désormais un intermédiaire clé pour les autorités maliennes. Cet homme n’a pas été arrêté et il a été payé comme intermédiaire. Vous avez donc ici la réhabilitation progressive du cerveau de cette attaque.

«Tout le monde est convaincu que nous avons le bon homme. Certains de ceux qui étaient à l’origine des tueries ont été «neutralisés», je crois que c’est le terme utilisé, par les forces françaises. Mais faire cela ne permet pas de découvrir la vérité sur ce qui s’est passé et ce n’est pas justice pour les familles.

L’Elysée a précisé que tous les documents nécessaires relatifs à l’affaire avaient été transmis au juge d’instruction français. Le ministère de la Défense n’a pas répondu aux demandes d’informations du Guardian et de Mediapart.

Callamard doit quitter l’ONU et a été nommé à la tête d’Amnesty International.

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